Ce qui me frappe et m’amuse dans cette expression [paradis fiscal] , c’est qu’elle dit tout le contraire de ce qu’elle devrait signifier. Elle n’a aucune rigueur désignative, puisque l’adjectif fiscal veut dire « pour le fisc ». Un paradis pour le fisc ? Il s’agit à l’évidence d’un paradis pour le contribuable ! Ce mauvais usage est dû à une maladie qui frappe la langue française, « l’adjectivite ». On ne veut plus utiliser de substantif avec préposition, « pour le contribuable », en l’occurrence. Comme il n’existe pas d’adjectif approprié, il y a eu contresens. Cette expression employée de manière impropre est une création des médias. Elle véhicule une charge romanesque : on imagine en l’entendant une vie de rêve sous les palmiers, menée par des riches à l’argent pas très propre.
Alain Rey, père et éditeur de tous les Robert, du “Petit“ au “Grand” in L'écriture est considérablement influencée par la langue orale (interview), 24heures.ch, 21.04.2009
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